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L'Ecclésiaste ou Qoëlet |
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PAROLES
DE COHÉLET, (Traduction d'Ernest Renan)
Vanité
des vanités, disait Cohélet ; vanité des vanités
; tout est vanité ! On ne peut redresser
ce que Dieu créa courbe, Je me disais en moi-même : " Me voilà grand ; j'ai accumulé plus de science qu'aucun de ceux qui ont vécu avant moi dans Jérusalem ; mon intelligence a vu le fond de toute chose ; j'ai appliqué mon esprit à connaître la sagesse et à la discerner de la folie. " J'appris bien vite que cela aussi est pâture de vent ; car Qui thésaurise
la sagesse
Alors je me dis à moi-même : " Voyons ; essayons de la joie ; goûtons le plaisir. " Je devais reconnaître que cela aussi est vanité ; car bientôt Au
rire je dis : " Yolie ! " Je
résolus, dis-je, en mon cur de demandez au vin le bien-être
de ma chair et, sans renoncer pour cela à mes projets de sagesse,
d'adhérer momentanément à la folie, jusqu'à
ce que j'eusse découvert ce qui vaut le mieux pour les fils d'Adam,
entre tant d'occupations diverses auxquelles ils se livrent sous le
soleil durant les jours de leur vie. Je fis de grandes uvres ;
je me bâtis des palais ; je me plantai des vignes ; je me construisis
des jardins et des parcs ; j'y plantai des arbres fruitiers de toute
sorte ; je fis creuser des réservoirs d'eau pour arroser mes
bois de haute futaie ; j'achetai des esclaves des deux sexes ; si bien
que le nombre des enfants de ma maison, de mes bufs et de mes
brebis surpassa celui que personne eût jamais possédé
avant moi à Jérusalem. En même temps, j'entassai
dans mes trésors l'argent, l'or, l'épargne des rois et
des provinces ; je me procurai des troupes de chanteurs et de chanteuses
et toutes les délices des fils d'Adam de quelque genre que ce
fût. Ainsi je devins plus grand et j'amassai plus de bien que
tous ceux qui avaient été avant moi à Jérusalem,
sans que pour cela ma sagesse m'abandonnât. Et je ne refusai à
mes yeux rien de ce qu'ils souhaitèrent, je n'interdis à
mon cur aucune joie. " Après tout, me disais-je, je
ne fais que jouir de ce que j'ai gagné par mon travail ; ces
plaisirs sont la récompense des peines que je me suis données.
"
Je
me pris alors à étudier quelle différence il peut
y avoir entre la sagesse d'une part, la folie et la sottise de l'autre.
" Car, me disais-je, quel homme venant après un roi peut
refaire les expériences qu'il a faites ? " Le
sage a des yeux dans sa tête, Or
bientôt je vis qu'une même fin est réservée
à tous les deux. Et je pensai en moi-même : " Si la
destinée qui m'attend est la même que celle du fou, que
me sert alors d'avoir travaillé sans relâche à augmenter
ma sagesse ? " Et je dis en mon cur : " Encore une vanité.
" II n'y a pas plus de souvenir éternel pour le sage que
pour le fou. Dans ce qui sera le passé des jours à venir,
tout sera oublié. Comment se fait-il que le sage et le fou meurent
de la même manière ?...
Il y a temps pour tout, et chaque chose sous le ciel à son heure : Temps
de naître et temps de mourir, Que
reste-t-il donc à l'homme, des peines qu'il a prises ? J'ai vu
toutes les occupations que Dieu a données aux fils d'Adam pour
qu'ils s'y abrutissent. Il a fait toute chose bonne à son heure
; le monde, il le déroule devant les hommes, mais de façon
que, d'un bout à l'autre, ils ne puissent rien comprendre à
ses desseins.
J'ai
vu une autre chose sous le soleil : c'est le méchant assis au
lieu où se rendent les jugements et l'iniquité trônant
sur le siège de justice. " Dieu, me suis-je dit d'abord,
jugera le juste et le méchant ; car il a fixé un temps
à toute chose. " Mais bientôt j'ai reconnu que les
enfants d'Adam ne sont pas aussi privilégiés de Dieu qu'ils
le paraissent et qu'ils n'ont en réalité aucune supériorité
sur l'animal. Car la destinée des enfants d'Adam et celle des
animaux sont une seule et même chose. La mort des uns, c'est la
mort des autres ; il n'y a qu'un même souffle en tout ; la supériorité
de l'homme sur l'animal n'existe pas ; tout est vanité. Tout
va vers un même lieu. Tout est venu de la poussière et
tout retourne à la poussière. Qui sait si, tandis que
le souffle des enfants d'Adam monte en haut, le souffle de l'animal
descend en bas, vers la terre ?
Et
je me remis à observer, et je vis les actes d'oppression qui
se passent sous le soleil. Partout des opprimés baignés
de larmes, et personne pour les consoler ! Des gens suppliant qu'on
les tire des mains de ceux qui les oppriment, et personne pour les délivrer
!
Autre
vanité que j'ai vue sous le soleil : un homme seul, qui n'a personne
pour lui succéder ni fils ni frère, et il travaille tout
de même sans relâche, et son il ne se rassasie pas
de voir affluer chez lui les richesses. " Eh pour qui donc travaillé-je,
se dit-il parfois, et privé-je mon âme de tout plaisir
? " Encore une vanité, une triste chose !
Mieux
vaut un garçon pauvre et avisé qu'un vieux roi absurde,
qui ne sait plus se laisser éclairer.
Observe bien tes pas quand tu vas à la maison de Dieu. Mieux vaut l'obéissance à la loi que les sacrifices des sots qui ne savent que faire le mal. Réprime les empressements de ta bouche, et que ton cur ne se hâte pas de proférer des promesses en présence de Dieu ; car Dieu est dans le ciel, et, toi, tu es sur la terre. Que tes paroles soient donc en petit nombre. Les
songes, en effet, viennent à tout propos, Quand tu as fait un vu à Dieu, ne tarde pas à l'accomplir ; Dieu n'aime pas les sots. Acquitte ce que tu as voué ; mieux vaut ne pas faire de vux que d'en faire et de ne pas les accomplir. Ne permets pas à ta propre bouche de te constituer pécheur, et ne te mets pas en situation d'être obligé de dire à l'envoyé des prêtres : " C'était une erreur ", de peur que Dieu ne s'irrite et qu'il n'anéantisse l'uvre de tes mains. Tous ces songes n'aboutissent qu'à prêtres : " C'était une erreur ", de peur que Dieu ne s'irrite et qu'il n'anéantisse l'uvre de tes mains. Tous ces songes aboutissent qu'à un tas de paroles vaines ; crains plutôt Dieu !
Si
tu vois dans la province le pauvre opprimé et la rapine prendre
la place de la justice et du jugement, ne t'en étonne pas ; c'est
que les grands sont surveillés par des grands et qu'au-dessus
d'eux il y a des grands encore.
II
y a un travers bizarre que j'ai vu sous le soleil : c'est la richesse
qu'un possesseur jaloux garde soigneusement pour son héritier.
Que cette richesse vienne à périr par quelque accident
et le fils qu'il a mis au monde a les mains vides.
Encore un mal que j'ai vu sous le soleil et qui pèse lourdement sur l'humanité. C'est le cas d'un homme à qui Dieu a donné richesse, trésors, honneurs, qui ne manque de rien de ce qu'il désire, et à qui Dieu ne permet pas de jouir de sa fortune, si bien qu'un étranger mange le tout à sa place. Voilà une vanité et un abus étrange ! Quand même un homme donnerait le jour à cent fils et qu'il vécût des années aussi nombreuses que l'on voudra, s'il ne goûte aucun plaisir, et qu'après sa mort il n'ait pas de sépulture, je dis que le sort de l'avorton vaut mieux que le sien. L'avorton est venu dans le vide, il s'en va dans les ténèbres ; son nom est recouvert à jamais par la nuit ; il n'a pas vu le soleil. Mieux vaut son sort que celui de cet homme. Lors même qu'on vivrait deux fois mille ans, si avec cela on ne jouit d'aucun plaisir, qu'est-ce que cela ? Toutes les choses n'aboutissent-elles pas au même terme ?
L'homme ne travaille que pour sa bouche et n'arrive pas encore à se rassasier. Quel avantage a le sage sur le fou ? Que revient-il à l'homme modeste qui s'applique à marcher avec sagesse devant les vivants ? Mieux vaut vivre à sa guise que de s'exténuer. Trop de vertu est aussi une vanité, une pâture de vent. Tout ce qui existe est déterminé avant d'exister ; tel être a été prédestiné à naître homme ; il ne pourra pas tenir tête à plus fort que lui.
II y a une sagesse qui s'en va répétant à tout propos : " Vanité !... quel profit pour l'homme ?... Qui sait ce qui est bon pour l'homme durant le petit nombre de jours qu'il passe parmi les vivants, jours frivoles qui fuient comme une ombre ?... Qui peut enseigner à l'homme ce qui après lui se passera sous le soleil ? " Mieux
vaut un bon renom que l'huile parfumée ; Mieux
vaut aller à la maison des pleurs Mieux
vaut le souci que le rire ; Le
sage toujours pense à la maison de deuil; Mieux
vaut le ton rondeur du sage L'oppression
fait d'un sage un f ou, Mieux
vaut la fin que le commencement ; Ne sois donc pas prompt à t'emporter ; car Dépit, au sein des fous, élit son domicile.
Garde-toi
de dire : " Comment se fait-il que les jours d'autrefois valaient
mieux que ceux d'à présent ? " Une pareille question
n'est rien moins que sage. Sagesse vaut richesse pendant qu'on voit
le soleil. L'abri que procure la Qui
peut redresser Au jour du bonheur, sois en joie et, au jour du malheur, considère que Dieu a fait le bien comme le mal ; jouis du présent ; l'homme, en effet, une fois mort, ne trouvera rien auprès de lui.
J'ai
vu tout arriver dans les jours de ma vaine existence. Tel juste périt
nonobstant sa justice ; et tel scélérat coule de longs
jours nonobstant sa scélératesse. Ne sois pas trop juste
et n'affecte pas trop de sagesse, de peur d'être un niais. Ne
sois pas non plus trop méchant, ne va pas jusqu'à la folie,
de peur tu ne meures avant le temps. La perfection c'est, tout en s'attachant
à un principe, de ne pas lâcher le principe opposé
; par la crainte de Dieu on sort de tous les embarras. La sagesse est
pour le sage une force supérieure à ce que sont dix capitaines
pour une Qui
peut saisir l'objet que le lointain dérobe ?
Or,
dans cette investigation universelle, dans cette recherche pour trouver
ce qui est le parti le plus sage et le plus avisé, dans cet examen
qui fit passer devant mes yeux toutes les malices, toutes les insanités,
toutes les absurdités, toutes les folies, j'ai trouvé
quelque chose de plus amer que la mort : c'est la femme dont le cur
est un lac, un filet, et dont les mains son des chaînes. Celui
qui plaît à Dieu se sauve d'elle ; le disgracié
de Dieu s'y laisse prendre. " voyez, ceci est le résultat
de mon expérience, dit le Cohélet. En les prenant toutes
une à une, pour dresser la longue liste des choses que j'ai cherchées
sans les avoir trouvées, je crois que j'ai bien trouvé
un homme sur mille ; mais une femme parmi toutes celles que j'ai connues,
je n'en ai pas trouvé une seule ! Tenez, voici ce que j'ai trouvé
: c'est que Dieu a fait la nature humaine droite, et que ce sont les
hommes qui inventent des roueries sans fin. " XIX Oh
! la belle chose qu'un sage ! Aie
les yeux fixés sur la bouche du roi, pour lui obéir, comme
si tu en avais prêté le serment à Dieu. Ne sors
pas précipitamment de sa présence ; ne persiste pas avec
lui dans des propos désagréables ; car il fait tout ce
qu'il veut. Celui qui exécute bien l'ordre qu'il a reçu ne connaîtra pas la disgrâce. Un esprit sage sait discerner le moment favorable et la manière de s'y prendre ; car, en toute chose, il y a le moment favorable et la manière de s'y prendre. Ce qui rend la condition de l'homme si mauvaise, c'est qu'il ignore ce qui doit arriver et que nul ne peut lui indiquer comment les choses se passeront. Personne n'a pouvoir sur le vent pour emprisonner le vent; personne n'a pouvoir sur le jour de la mort, ni assurance de s'échapper le jour de la bataille. Même la richesse, à ces moments-là, ne sauve pas toujours son propriétaire.
J'ai
vu tout cela et i'ai appliqué ma pensée aux faits qui
arrivent sous le soleil, dans un temps où l'homme ne domine sur
l'homme que pour lui faire du mal.
J'ai
donc réfléchi à tout cela, et le fruit de mes réflexions
a été que le sort des justes et des sages, comme celui
de tout le monde, est, quoiqu'ils fassent, dans la main de Dieu. Amour
et haine sont également frivoles. L'homme ne sait rien ; tout
ce qui le touche est vanité.
J'ai
vu encore sous le soleil que, quand il s'agit de course, on ne s'adresse
pas au meilleur coureur ; que, quand il s'agit de guerre, ne fait point
appel aux braves ; que le pain n'est pas pour les sages, ni la richesse
pour les intelligents, ni la faveur pour ceux qui savent Les circonstances
et le hasard règlent tout et l'homme ne connaît pas plus
l'heure de sa destinée que les poissons pris dans les rets et
les oiseaux pris au piège. Comme eux, les fils d'Adam sont engages
dans les filets pour l'heure fatale qui tombe sur eux à 1'improviste.
Mieux
vaut sagesse La
sagesse du pauvre est vite méprisée ;
XXIII La
voix du sage, écoutée en silence, La sagesse vaut mieux que les engins de guerre ; d'un autre côté un seul pécheur suffit pour annuler beaucoup de bien. Une mouche morte gâte tout un vase de parfums ; de même tout le prix de la sagesse et de la gloire est détruit par un peu de folie. A droite
est le cur du sage ; Rien
qu'à voir le sot faire un pas sur route, on voit que la tête
lui fait défaut ; par sa seule démarche il dit à
tout le monde : "Je suis un sot. "
Il
y a un abus que j'ai vu sous le soleil et dont les autorités
sont la cause ; c'est quand les gens de rien sont placés en haut,
et que les grands, les notables sont assis en bas. J'ai vu les valets
à cheval et les princes marcher à terre comme des valets.
On aura les conséquences. Celui qui creuse une fosse y tombe
celui qui démolit une muraille, le serpent le mord. Celui qui
taille les pierres est atteint par les éclats ; celui qui fend
du bois en reçoit toujours quelque blessure. Un fer émoussé,
dont on n'a pas affilé le tranchant, est une force encore ; ainsi
la sagesse finit par l'emporter. La
parole du sage est de grâce remplie, Il
débute par l'ineptie ; il finit par la plus triste insanité.
Le niais multiplie les paroles.
Malheur à toi, pays qui as pour roi un esclave et dont les princes sont à table dès le matin ! Heureux pays, au contraire, qui as pour roi un fils d'homme libre et dont les princes mangent à l'heure convenable, pour réparer leurs forces, non par sensualité. Le
plancher s'effondre bien vite Misérables,
qui se font un jeu du pain et du vin, faits pour réjouir honnêtement
la vie... L'argent couvre tout...
Lance hardiment ta fortune en haute mer ; avec le temps, tu la retrouveras agrandie. Fais-en sept parts et même huit ; car tu ne sais pas quel malheur peut tomber sur la terre. Quand le ciel se charge de nuages, c'est qu'une averse va tomber ; quand l'arbre se couche au midi ou au nord, l'endroit où il tombe, c'est l'endroit où il reste. Qui
sur le vent trop délibère De même que tu ignores la route que suit le souffle de vie pour arriver aux os de l'embryon dans le sein de la femme enceinte ; de même que tu ne sais rien de la façon dont Dieu fait ce qu'il fait. Sème le matin, et le soir ne laisse pas reposer ta main ; car tu ne sais pas si c'est la semailles du matin ou celle du soir qui doit réussir, ou si toutes les deux sont également bonnes. Très
douce est la lumière ; Si un homme vit de nombreuses années, toujours en joie, qu'il n'oublie pas que les jours sombres viendront et seront plus nombreux que les jours écoulés. Tout est vanité. XXVII Réjouis-toi,
jeune homme, durant ta jeunesse, et amuse-toi dans les jours de ton
adolescence ; marche dans les voies de ton caprice et selon ce qui te
semble agréable ; mais sache que Dieu te demandera compte de
tout cela Ecarte le souci de ton cur, épargne toute fatigue
à ta chair ; hâte-toi, car la jeunesse et la fraîcheur
passent vite. Quand
trébuchent les sentinelles Avant
que se rompe le cordon d'argent et que se brise l'ampoule d'or, que
le seau se disloque sur la fontaine, que la poulie roule dans la citerne
et que la poussière, faisant retour à la terre, redevienne
ce qu'elle était d'abord, tandis que le souffle remontera vers
Dieu qui l'a donné. Cohélet
rechercha les paroles charmantes;
ÉPILOGUE Les
dires des sages Le
concile antique Maintenant
c'est assez ; lorsqu'on t'apportera RÉSUMÉ Tout bien entendu, crains Dieu et observe ses commandements ; car c'est là tout l'homme. Il n'y a pas d'acte sur lequel ne doive s'exercer le jugement de Dieu, qu'il s'agisse de choses connues ou cachées, de bien ou de mal. |
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